Vincent voulait juste des câlins

Publié le par Ellie

C'est moi qui ai eu les larmes aux yeux, quand on me l'a raconté.


Vincent a pleuré sur le gros ballon massant. De son corps bercé, brassé, massé, les larmes sont sorties toutes seules. Il a voulu serrer la  professeure d'expression corporelle dans ses bras, qu'elle le tienne contre elle, avec sa collègue. Qu'elles le pouponnent toutes les deux.  Et quand le stage a été fini, il leur a dit : "Au revoir, les mamans".

Vincent est pourtant grand, surtout dans sa classe, car il fait son deuxième CP. L'année dernière, il n'a pas pu enchaîner deux sons, il n'a pas pas pu "combiner", pour empoyer un terme technique. Même si maintenir un enfant en CP n'est plus très licite, il a fallu lui redonner ce temps. On l'a mis dans un CP/CE1, comme ça on peut tricher. Avec l'accord de sa maman, bien sûr.

Au début de l'année, Victor avait la fâcheuse manie de bourrer de petits coups d'épaule les adultes en train de discuter. Comme un petit poney qui réclame son sucre, son bout de pain rassis, en poussant le cavalier du chanfrein. Qui va même jusqu'à fouiller dans ta poche en soufflant de l'air chaud, humide et poussiéreux.

A cause de cette habitude de Vincent, il y avait des adultes qui lui expliquaient qu'il ne fallait pas les déranger, qu'il ne fallait pas entrer en contact avec eux comme ça, qu'ils ne l'acceptaient pas. Il y en avait qui finissaient par se fâcher: "Stop, maintenant !". On appelle ça poser un cadre.
Alors, il a arrêté.

Il a trouvé d'autres moyens. Et puis maintenant, on le connaît. On sait qu'il faut s'occuper de lui tout de suite, il est de ces enfants qui n'attendent pas, il n'en a pas encore la capacité. D'autres, oui, pas lui.

Des fois, on lui demande quand même de patienter. Vincent doit progresser. Mais on y va doucement.

Un jour, quelqu'un a eu une longue conversation avec Vincent. Elle a duré au moins une heure.
C'était au sujet du rôle de sa maman. On a demandé à Vincent à quoi ça servait, une maman.

Il a dit plein de choses, parce qu'il aime bien parler, Vincent, il sait bien le faire, ça.
Il a dit qu'une maman, ça donne à manger, à boire, ça fait le ménage, ça te donne des vêtements... il n'a jamais dit qu'une maman, ça donnait des bisous, des câlins.
Peut-être qu'il a oublié.
N'empêche que, sur le ballon qui le massait, qui le berçait, Vincent a pleuré. Calmement.

Publié dans Elèves en vrac

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ellie 10/03/2008 20:00

Et c'est une fois de plus la preuve que la réalité dépasse la fiction...

balmeyer 10/03/2008 14:59

C'est très beau, voire trop, trop émouvant, ça me donne envie de regarder "les feux de l'amour" pour un peu apaiser tout ça...

Zoridae 05/03/2008 23:47

Ellie, parfois je sens que tu as la même sensibilité que moi. Tes histoires me touchent tellement et si tu les as entendues c'est qu'elles te bouleversaient aussi. Pour cela j'ai voté pour toi !