Les 5 dernières minutes

Publié le par Ellie

"Alors, Kevin ! C'est laquelle qui t'a frappé ?

- C'est elle, chougne le moutard de trois ans, porté serré aux bras.

Elle, c'est Claude, la maîtresse des "petites sections". Accessoirement, elle est aussi directrice de l'école maternelle, et part à la retraite dans un mois. Après 38 ans dans l'Education Nationale, Claude va raccrocher les gants.
Pas les gants de boxe, les gants de velours.

Claude en a vu des choses en 38 ans d'Education Nationale : des Ministres qui défilent, des Réformes avec un grand air... euh ... un grand R. Des programmes éphémères.

Mais ça, c'est la première fois.
Le môme l'accuse de le frapper, elle, Claude, qui n'a jamais levé la main sur un enfant, sauf peut-être les siens : après tout, on n'avait pas encore interdit la fessée, il y a 25 ans.

Cet enfant-là, allez savoir pourquoi, il dit qu'elle l'a frappé. Et sa mère le croit.

Je ne crois pas que Claude soit coupable.
Non, vraiment pas.

Mais ça existe, les enseignants violents, physiquement ou moralement. Je ne parle pas de la gifle qui part au réflexe, devant l'insolence, un jour de grand vent : ça peut arriver à tout le monde, un coup de sang.
Je parle de la torture, des brimades, des remarques humiliantes, insistantes, du style "oh, de toutes manières, toi, tu n'y arriveras jamais". Des jugements, qui vous enferment.

Savez-vous ce qu'on fait de tels enseignants ?
La plupart du temps, on les laisse enseigner, parfois en sachant, parfois par aveuglement.

Si l'évidence, ou une plainte de collègues ou de parents, contraint l'administration à "s'apercevoir" - l'administration a tout de même autre chose à faire que de "s'apercevoir", elle, ce qui la préoccupe, c'est qu'il y ait un enseignant devant les élèves, point - alors, le fautif, on le "suspend".
Retiré de la classe, il reste chez lui à demi-traitement, jusqu'à la retraite. Aujourd'hui encore, il peut partir à 55 ans, mais ça ne durera pas longtemps.

Le seul cas de révocation dont j'aie entendu parler, par un éminent Inspecteur d'Académie, qui avait sans doute pour objectif de nous impressionner, c'était le cas d'un enseignant qui avait fourni un faux diplôme du baccalauréat dans son dossier de concours. On ne s'en était aperçu qu'après plusieurs années.

Un faux diplôme du Bac !!!
C'est autrement plus grave que de harceler des gamins, n'est-ce pas ?

L'histoire ne dit pas si, malgré son diplôme contrefait, c'était un bon enseignant...

Commenter cet article