Pour l'école primaire !

Les Zones d'Education Prioritaires sont des endroits étranges.
On est censés y enseigner à des enfants en plus grande difficulté. Donc, on doit avoir des moyens pour le faire.
En fait, les Zones d'Education Prioritaires ont pour la plupart été converties en Réseaux Ambition et Réussite (RAR), entre 2005 et 2006.
Suite aux émeutes des banlieues, des crédits importants avaient été accordés par l'Etat à certaines zones prioritaires, pour panser les plaies des cités, sans doute.
Ces fonds exceptionnels, bien qu'utilisés avec prudence et parcimonie, arrivent à l'assèchement en ce moment, et les moyens supplémentaires, en emplois, en compétences, se tarissent également, de plus en plus chaque année.
Du coup, l'Ambition, on est de moins en moins à l'avoir, parmi les enseignants et les élèves, et la Réussite, du coup aussi.
Pourtant, on nous dit parfois, à nous les profs de ZEP, qu'on est super, qu'on se donne à fond, qu'on travaille dur. Et ça, on le sait, d'autant plus que depuis deux ans, on nous oblige à compter nos heures effectives de travail. Et ça nous a démoralisés en réalisant à quel point on était esclaves de notre boulot.
Oui, on ne savait bien qu'en arrivant tous les matins avant 8 heures, en sortant le soir vers 18h, en ayant passé à peine 20 minutes à table entre les micro-ondes de la salle des maîtres, pour filer corriger des cahiers ou préparer en groupe le prochain projet, on n'était pas aux 35 heures. On le savait bien que retourner sur l'ordi le soir après le coucher des enfants au lieu de mater la télé réalité, c'était pas non plus les 35 heures.
D'ailleurs, nos maris (ou nos épouses) nous le disaient, qu'on ne nous voyait pas assez.

Ce n'est pas en réalisant mi-octobre qu'on n'a pas pris le temps de partir en ouikende depuis la fin août qu'on allait être rassurés.
Et quand notre hiérarchie nous déclame, la larme à l'oeil, que dans les Zones d'Education Prioritaires, on est le "laboratoire de l'Education nationale", nous les profs de ZEP, on pense surtout à ça ...
Par Ellie
Mercredi 7 octobre 2009
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Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants,
lorsque les fils ne tiennent plus compte
de leurs paroles,
lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus, au-dessus d'eux, l'autorité de personne,
alors c'est là, en toute jeunesse et en toute beauté, le début de la tyrannie."
Platon (IVe siècle av. J.C.)


Oui, ça faisait longtemps que je n'avais publié, pas depuis le VIème siècle mais quand même.
Comme quoi, on peut trouver des messages anciens qui résonnent toujours très bien. Relisez aussi le reste du blog...
Par Ellie
Dimanche 6 septembre 2009
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C'est l'histoire d'une classe de CP en Zone d'Education Prioritaire. Elle a 21 élèves.
La moitié des parents ne parlent pas couramment le français, quelqu'uns ne le lisent pas. Les enfants ne peuvent pas faire leurs devoirs. A certains, on n'a jamais lu une histoire, le soir.
Dans la salle d'à côté, y'a un CP-CE1, qui a 20 élèves. Le dernier inscrit vient tout droit de Tchétchénie. Quoique ... il a fait un crochet par la Russie. Mais il ne sort pas un mot de notre langue, il n'en comprend pas la moindre syllabe.
Pour l'aider, il a une compatriote, arrivée depuis un peu plus d'un an. Sa petite soeur et elle commencent à se débrouiller un peu.
Ils sont adorables de volonté de s'insérer, comme on dit dans la langue des administrateurs.
Ils doivent apprendre à lire, cette année.
Pour les aider, il y avait un dispositif, depuis environ 5 ans, qui s'appelait les "CP renforcés" : le matin, les élèves avaient deux maîtresses. Pour faire la lecture, répéter les syllabes, faire de l'écriture en petits groupes ... elles avaient été formées, elles avaient été aidées pour préparer des exercices adaptés, des exercices d'évaluation pour mesurer les progrès. Des heures depuis 5 ans passées en plus par amour du travail bien fait, pour la réussite des élèves.
Bon, ben, cette année, c'est fini : il n'y a plus de postes supplémentaires à consacrer à cette aide. Enterrés les dossiers, les entretiens entre midi et deux, les deux regards attentifs sur les petites nuques courbées. Entre Mickaël et Germaine, qui ont du mal, il faudra choisir. Et oublier aussi Sabine qui s'en sort pas mal, voudrait en savoir plus, plus vite, mais va devoir attendre, longtemps, que les autres en finissent.

A quelques centaines de mètres de là, une autre école. Elle n'est pas en ZEP, celle-là. Les élèves n'y sont pas plus de 18 par classe.
Pourtant, on est bien dans le public. Mais là, la dernière fois qu'on a voulu fermer une classe, les parents ont occupé l'école. Le soir, ils redonnent même du travail à leurs enfants, pour compenser ce que ces feignants d'instits ne font pas, on le leur dit souvent, à la radio, à la télé... les instits sont mal formés, ils sont payés bien trop cher pour ce qu'ils rapportent et d'ailleurs, ils ne produisent rien. C'est bien connu : l'instruction, de nos jours, n'a plus aucune valeur.

On est prioritaire comme on peut, on dirait.
D'ailleurs, on ne dit plus "Zone d'Education Prioritaire" ou ZEP, on dit "Réseaux Ambition et Réussite". RAR.
Comme les moyens. Ils sont ... RAR.
La maman de Germaine, en rentrant de vacances dans son pays, colle quatre bises sur les joues de toutes les maîtresses. Elle leur demande comme elle peut si elles ont passé de bonnes vacances. Elle n'a pas le moindre doute sur leurs compétences et leur utilité, aux maîtresses, la maman de Germaine.

Il y a des quartiers où c'est la chaleur humaine qui est prioritaire. Irremplaçable même.
On restera plus tard à l'école, le soir, pour aider Germaine à faire ses devoirs. Pour sa maman, pour elle, pour un métier qu'on aime.

Par Ellie
Vendredi 5 septembre 2008
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"Alors, Kevin ! C'est laquelle qui t'a frappé ?

- C'est elle, chougne le moutard de trois ans, porté serré aux bras.

Elle, c'est Claude, la maîtresse des "petites sections". Accessoirement, elle est aussi directrice de l'école maternelle, et part à la retraite dans un mois. Après 38 ans dans l'Education Nationale, Claude va raccrocher les gants.
Pas les gants de boxe, les gants de velours.

Claude en a vu des choses en 38 ans d'Education Nationale : des Ministres qui défilent, des Réformes avec un grand air... euh ... un grand R. Des programmes éphémères.

Mais ça, c'est la première fois.
Le môme l'accuse de le frapper, elle, Claude, qui n'a jamais levé la main sur un enfant, sauf peut-être les siens : après tout, on n'avait pas encore interdit la fessée, il y a 25 ans.

Cet enfant-là, allez savoir pourquoi, il dit qu'elle l'a frappé. Et sa mère le croit.

Je ne crois pas que Claude soit coupable.
Non, vraiment pas.

Mais ça existe, les enseignants violents, physiquement ou moralement. Je ne parle pas de la gifle qui part au réflexe, devant l'insolence, un jour de grand vent : ça peut arriver à tout le monde, un coup de sang.
Je parle de la torture, des brimades, des remarques humiliantes, insistantes, du style "oh, de toutes manières, toi, tu n'y arriveras jamais". Des jugements, qui vous enferment.

Savez-vous ce qu'on fait de tels enseignants ?
La plupart du temps, on les laisse enseigner, parfois en sachant, parfois par aveuglement.

Si l'évidence, ou une plainte de collègues ou de parents, contraint l'administration à "s'apercevoir" - l'administration a tout de même autre chose à faire que de "s'apercevoir", elle, ce qui la préoccupe, c'est qu'il y ait un enseignant devant les élèves, point - alors, le fautif, on le "suspend".
Retiré de la classe, il reste chez lui à demi-traitement, jusqu'à la retraite. Aujourd'hui encore, il peut partir à 55 ans, mais ça ne durera pas longtemps.

Le seul cas de révocation dont j'aie entendu parler, par un éminent Inspecteur d'Académie, qui avait sans doute pour objectif de nous impressionner, c'était le cas d'un enseignant qui avait fourni un faux diplôme du baccalauréat dans son dossier de concours. On ne s'en était aperçu qu'après plusieurs années.

Un faux diplôme du Bac !!!
C'est autrement plus grave que de harceler des gamins, n'est-ce pas ?

L'histoire ne dit pas si, malgré son diplôme contrefait, c'était un bon enseignant...
Par Ellie
Vendredi 4 juillet 2008
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Pour bien des profs, les élèves sont des petits numéros. Ceux de leur moyenne.

Dans la masse de collégiens, de lycéens, qui les entourent, ces enseignants diplômés ne voient pas plus que des 10, des 12, des 9 armés d'un vague cartable et de cervelles plus ou moins rebelles à remplir, à l'entonnoir.
Au delà des 18, c'est l'élite. Les 20 de moyenne, si rares, touchent à peine terre, ils flottent sur des nuages d'amour et de reconnaissance : enfin, je suis un bon enseignant, j'ai des élèves qui ont 20 de moyenne.

Quant à ces larves de nombres à un chiffres, ces 5, ces7, ces 3, ces zéros, quelle horreur. Ils vous gâchent la vie.

Ce n'est pas un hasard si en quittant l'école primaire, l'évaluation de fin de période se voit renommée "contrôle". La note comme moyen de contrôle, de contrôle des cerveaux. La moyenne plus ? pouvez passer !
La moyenne moyenne moins ? z'êtes recalés !


Quant à savoir ce que ces apprenants ont vraiment dans la tête, qui s'en soucie. Qui se soucie de savoir si ce 5 à un "contrôle" de maths est dû à une formule mal assimilée, à des erreurs de calcul, à un manque de vocabulaire. Qu'y'a-t-il de positif dans tout ça, et comment un élève peut-il faire le bilan objectif de ses compétences, et se dire une fois pour toutes : "ça, je sais le faire !"

Quand donc apprendra-t-on dans les IUFM la pédagogie par objectifs ?
Quand donc évaluera-t-on sainement, en tenant compte des aspects positifs ?
Quand donc arrêtera-t-on de cataloguer les élèves ?

Quand donc comprendra-t-on qu'enseigner est un métier qui s'apprend, un métier technique et évolutif ? Dans lequel il faut savoir se remettre en question ?

Mes objectifs :

Définir ce que doivent savoir mes élèves en fin d'année.
Evaluation initiale : pour connaître mes élèves, effectuer un bilan de ce qu'ils savent, de ce qu'ils savent faire, de leur manière d'apprendre et de comprendre bien à eux.
Evaluations d'étape  : fournir à mes élèves et à leur parents le tableau le plus fidèle possible de leurs acquis et de ce qui reste à faire éventuellement, et ce au moins trois fois dans l'année.
Evaltuation finale : transmettre à l'enseignant de la classe suivante tous les outils nécessaires pour la suite des apprentissages, l'aider à faire son évaluation initiale, sans l'influencer, avec objectivité.

Par Ellie
Vendredi 9 mai 2008
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Une femme à majuscule, voilà ce que j'ai découvert hier, quand Jenifer m'a apporté son exercice de grammaire. Il fallait remplacer le pronom personnel sujet par un groupe nominal adéquat, en faisant attention au sens (un truc barbare, comme d'habitude, et qui sert à rien, sauf que bon... c'est dans les IO, alors).

Exemple (car je sais que c'est du jargon jusque là) :

Tu prends
(Ils) hurlent tous les soirs à la lune.
Et t'écris à la place :
Les loups hurlent tous les soirs à la lune.

On pense bien à faire l'accord en genre et nombre, et la maîtresse, elle est trop contente.  Et en plus, ça ranime le côté créatif et tout ça. Bref.

Jenifer avait complété la phrase "(Elle) soigne les gens à l'hôpital." de la manière suivante :

"Eveline Delyat soigne les gens à l'hôpital"

"Evelyne Dheliat??" (je crois que ça s'écrit plutôt comme ça) "mais d'où tu connais Ev'lyne Dheliat ?"

Et les autres élèves de renchérir :
"Mais, maîtresse, elle présente la météo le soir !"
"Ben oui, et y'a aussi Cat'rine Laborde et Sébatien Follin !"

Sans blague.
Moi qui ne savait pas quel nom propre choisir pour ma prochain séance de torture d'orthographe ("Je classe les noms communs et les noms propres" avec la bouche mais sans l'cerveau).

C'est vrai, Zidane, ça va marcher encore un peu, mais après, faudra chercher longtemps pour en trouver un qu'ils connaissent et que je sache écrire.
Sarkozy peut-être.
Parce que j'ai un collègue qui a essayé Tintin et Tarzan, et il a fait un BIDE !

Par Ellie
Dimanche 27 avril 2008
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L'autre jour, j'ai voulu expliquer les fractions à mes ch'tis n'élèves. Alors je leur ai demandé s'ils préféraient les gâteaux au chocolat ou à la vanille et  on a commencé à partager les gâteaux en parts égales pour ne pas faire de copains jaloux.

On a dit que le dénominateur, c'était le nombre de parts égales qu'on coupait dans chaque gâteau. Et que le numérateur, c'était le nombre de parts qu'on distribuait et qu'on mangeait (miam miam) !

Jusque là tout allait bien... 
On a coupé les gâteaux en quatre, en huit, on a pris 1 part, deux parts, 4 parts, 12 parts, on a vu deux parts de gâteau coupé en quatre, ça faisait la moitié d'un gâteau et donc pareil qu'une part d'un gâteau coupé en deux. Comme 4 parts d'un gâteau coupé en huit.  (oui, je sais, je fais un métier passionnant, mais presque)


Jusque là ça va ?
Enfin, bref, on s'amusait bien.
Du coup, portée par cette vague d'enthousiasme, je leur ai proposé de couper un gâteau en trois parts égales, et j'ai fait à peu près ce dessin-là :

Et là, y'a eu comme un mouvement de foule, un cri du coeur :

"Maîtresse ! mais c'est ... MERCEDES !!!"

Je crois que j'ai trouvé un bon truc pour faire aimer les maths... Ouéééé.

Par Ellie
Dimanche 13 avril 2008
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A 10 ans, un enfant est très influençable. Certains l'ont compris, comme le programme Bizworld, sponsorisé par les plus grands entreprises américaines, particulièrement dans le domaine des finances, parmi lesquelles la banque Merrill Lynch, par exemple.
Ce programme né aux Etats-Unis est à l'heure actuelle exporté dans 84 pays du monde, dont la France. Il touche plus de 200 000 enfants de 10-12 ans, auxquels il inculque les bases de la création dune entreprise et de la gestion de fonds en bourse.
Voici sa vidéo de propagande :

Au même moment, une étude statistique vient de démontrer que la durée de vie moyenne aux Etats-Unis n'augmentait plus QUE pour les personnes ayant fait au moins 12 ans d'études. On en déduit facilement que l'éducation qu'on reçoit à l'école a un impact direct sur notre durée de vie : hygiène, suivi médical, résistance éclairée aux drogues de toutes sortes - j'inclus aussi la malbouffe - et contraception bien menée par exemple.

Au même moment, en France, on supprime un grand nombre de postes d'enseignants du premier degré, et on éjecte une bonne partie des sciences du programme.
L'hygiène et la prévention médicale sont depuis des années du ressort des collectivités locales, vulnérables donc à la décision d'élus dont le souci n'est pas forcément l'éducation.
J'ajoute que la politique de destruction de la fonction publique a été menée avec un peu d'avance aux Etats-Unis, sous les administrations Reagan et Bush père, notamment. On en voit les conséquences aujourd'hui... inégalités sociales et éducatives renforcées, des cohortes de gens incultes et incapables de se prendre en charge sur un plan personnel.

Une dernière petite chose. Une autre étude a montré qu'une personne qui est obèse ou fumeuse, et a une mauvaise santé coûte moins cher à l'assurance-maladie qu'une personne en bonne santé.

Mauvaise éducation, vie courte. Le double effet kill cool ?

Bienvenus dans un monde qui change. Demain, mourra-t-on plus tard, ou plus tôt dans votre ville, votre département, votre région ? C'est aujourd'hui un jour de scrutin, cantonal en particulier. Le Conseil général qu'on sous-estime souvent, est aux manettes de toutes les politiques de prévention et d'aide sociale qui vous entourent directement. Le maire, lui, se bat ou non pour défendre le nombre de postes d'enseignants dans les écoles, le nombre d'écoles et leurs crédits de fonctionnement, et prévoit, ou non, une politique de prévention médicale, notamment des bilans dentaires, une éducation à l'alimentation pour prévenir l'obésité...

Il vaut mieux prévenir que guérir.
Prévenir, c'est aussi choisir son bulletin de vote et insister sur VOS priorités.
L'école.
Par Ellie
Dimanche 16 mars 2008
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Profil

  • : Ellie
  • alayayaellie
  • : Femme
  • : 20/04/1969
  • : Kevinologue patentée souffrant d'un excès de jus de crâne. S'épanche ici.

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